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Visitez le site du Jour du Seigneur Jean-Marie Guénois, la Croix : Les jésuites sont à la fois très connus et mal connus. Qu'est-ce qu'un jésuite aujourd'hui ? P. PETER-HANS KOLVENBACH : Beaucoup d'ordres religieux répondraient ta même chose. Qu'est-ce qui vous différencie vraiment ? Chaque famille religieuse est un don de l'Esprit à l'Eglise pour souligner un trait de la personnalité du Christ. Ainsi les moines prient, les franciscains nous donnent le Seigneur pauvre... Saint Ignace, lui, était saisi par l'image du Seigneur qui va de village en village. Là, il a vu comment la Compagnie de jésus - les jésuites - doivent porter le coeur de l'Église à ses frontières. Des frontières qui peuvent être géographiques, mais aussi culturelles, et tout particulièrement auprès de ceux qui ne connaissent pas le Christ ou qui le connaissent mal. Avec bientôt cinq siècles d'existence, et en ce début de troisième millénaire, quelles sont vos priorités ? C'est toujours le Saint-Père qui nous donne, directement ou indirectement, ces priorités, parce qu'il est le pasteur universel, ou, comme disait saint Ignace, il est le vicaire du Christ sur terre. Géographiquement, c'est l'Afrique qu'il nous a donnée en priorité, parce que c'est un continent marginalisé et négligé. Dans la tradition de la Compagnie depuis saint François Xavier, il y a aussi un amour pour la Chine. Les jésuites sont d'autre part une famille religieuse internationale, et naturellement appelés à venir en aide à tous ceux qui sont en mouvement: les réfugiés, des sans-papiers, les immigrés... Et la grande tradition intellectuelle des jésuites ? Ce ministère intellectuel, cet apostolat intellectuel ne se situe pas seulement dans le cadre de l'enseignement scolaire ou universitaire. Il consiste à aider dans tous les domaines où l'Église voudrait aller de l'avant, dans l'approfondissement et la réflexion. Rencontrez-vous les mêmes problèmes de vocations que beaucoup de congrégations ? Oui, mais nous avons tout de même 900 novices un peu partout dans le monde. La majorité de ces vocations se trouve en Asie, en Afrique et dans certains pays dAmérique latine. Vous faites pourtant appel aux laïcs, comme on L'a vu tors du jubilé ignatien en 2006. Pourquoi ? Pour les laïcs, c'est un peu autre chose: saint Ignace a fait l'expérience des Exercices spirituel alors qu'il était laïc. Ces Exercice n'appartiennent d'ailleurs pas à la Compagnie, comme une sorte de copyright: ils appartiennent l'Église! Les Exercices tracent un chemin où quelqu'un peut rencontrer personnellement le Seigneur pour lui demander : Que sera ma vie et quel est le sens de ma vie ? Dans l'Eglise, les jésuites sont autant appréciés que redoutés On dit même du préposé général qu'il est le «pape noir», en vertu de sa puissance. Quel es aujourd'hui l'apport des jésuite à l'Eglise ? Benoît XVI a lui-même précisé l'apport de la Compagnie à l'Église quand il nous a reçu dans la basilique Saint-Pierre, le 22 avril 2006 : il a alors demandé explicitement qu'avec d'autres nous aidions l'Eglise à faire face aux enjeux et aux défis du dialogue avec le monde moderne. Ce qui signifie, pour nous, accomplir ce travail mais aussi investir dans une formation très solide et très sérieuse. Vous évoquez un «dialogue». L'année 2006 a plutôt illustré un «choc», celui des cultures et des religions. Partagez-vous cette analyse ? Je suis tout à fait d'accord, parce que cela se déroule sous nos yeux et qu'on ne peut pas le nier. Mais je ne suis pas inquiet, parce que l'on oublie souvent de lire le début de la Bible : Dieu nous a en effet voulus en grande diversité. Lorsqu'il a créé la Terre et le Ciel, il nous a voulus différents, et il n'y a pas une personne humaine qui soit comme une autre personne humaine... Ce choc serait donc une chance ? Le choc est une chance! Lorsque les gens veulent, à Babel, parler une seule langue, le Seigneur n'en veut absolument pas. Le nombre des langues, des cultures, des mentalités et des genres, tout cela est une richesse que le Seigneur nous a donnée de sa propre richesse. Mais nous l'utilisons pour nous battre et nous haïr. C'est malheureusement la réalité. Dans ce cadre, ta confrontation avec l'islam inquiète beaucoup. Vous qui avez longtemps vécu au Proche-Orient, comment la percevez-vous ? Je le perçois comme le Saint-Père l'a tout récemment fait enTurquie: un grand respect pour cette religion, et pour chacun des musulmans, parce que très souvent, surtout en Europe, ce sont les seuls croyants visibles ou explicitement religieux. Mais il faut reconnaître que leur chemin vers Dieu n'est pas le nôtre. Dans un an, vous allez remettre votre mandat de préposé général de ta Compagnie de Jésus, après quasiment un quart de siècle de responsabilité. Qu'avez-vous à transmettre, notamment à des jeunes qui doutent ? En ce temps de Noël, et par la foi dans le Christ qui est devenu homme et qui a voulu être avec nous, je ne peux que leur dire que nous ne sommes pas seuls, ni abandonnés! Nous ne sommes pas seuls à écrire l'Histoire, c'est le Seigneur qui écrit avec nous et je pense ici à la fameuse phrase de la littérature française: le Seigneur écrit droit sur nos lignes courbes (1) ... Comment vous apparaît l'Eglise de France ? Pour moi, l'Eglise de France est toujours un lieu de remerciement. Le monde a beaucoup reçu de la France et moi-même aussi (et pas seulement lorsque je faisais la linguistique à La Sorbonne). Aujourd'hui l'Eglise de France sait prendre beaucoup d'initiatives malgré une ambiance qui n'est pas toujours encourageante. C'est une Eglise d'une grande créativité. Recueilli par Jean-Marie Guénois à Rome (1) D'après l'exergue du Soulier de satin de Paul Claudel, qui reprend un proverbe portugais. |
Voir aussi : > Le livre des entretiens avec le Père Kolvenbach : Faubourg du Saint-Esprit > Le Père Général parle de la Compagnie et du Pape > 5 questions à l'occasion de ses 50 ans de vie religieuse > Les cinq préférences apostoliques des jésuites selon le P. Kolvenbach > Sa lettre sur l'apostolat social > Sa visite à l'école Sainte-Geneviève (Versailles) > Son séjour au Cised (Saint-Denis) > Constitutions et Normes complémentaires de la Compagnie de Jésus |
Jésuites : serviteurs
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