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Le 18 novembre 2006, l'évêque de León (Espagne) célébra l'Eucharistie à Mansilla Mayor, petit village de son diocèse où naquit il y a plus de 100 ans le P. Segundo Llorente. Jésuite missionnaire en Alaska, Llorente exerça une influence extraordinaire dans les séminaires, les maisons de formation et les collèges de la Compagnie de Jésus dans la décennie 1940-1950. Beaucoup de vocations sont nées de la chaleur de ses articles et de ses livres, tout imprégnés du magnétisme de sa personnalité et d'un enthousiasme missionnaire contagieux, que l'exotisme de ses aventures au 'Pays des neiges éternelles' rendait encore plus attirant. Segundo était l'un des huit enfants de la famille Llorente. Il avait tout juste 13 ans quand il entra au séminaire diocésain de León; mais bien vite il se sentit appelé à la Compagnie de Jésus. Il écrivait alors à ses parents: «Je n'ai pas d'autre solution que d'obéir à Dieu qui m'appelle à quitter le monde et à m'enfermer (sic) dans la vie religieuse pour mieux le servir». En 1923, à 17 ans, il commence son noviciat à Carrión de los Condes. Quelques années plus tard, en 1934, devait l'y suivre son frère Amando qui, âgé de 89 ans, donne encore des retraites à Miami (États-Unis). Pendant ses années de formation, Segundo Llorente verra sa vocation missionnaire se confirmer et se préciser. Ses supérieurs lui proposent la mission d'Anking, en Chine, mais il aspire à une mission plus rude: annoncer l'Évangile dans les steppes glacées de l'Alaska.
En 1931 il étudie la théologie dans le Kansas et est ordonné prêtre en 1934. Il passe une année en Californie; et vient enfin l'heure de réaliser son rêve missionnaire: l'Alaska. Il y arrive en automne 1935, cinq grandes années après avoir quitté l'Espagne; il y restera jusqu'en 1975.
Drapeau inuit
En 1937, il est nommé au cercle polaire arctique, à Kotzebue. Il y restera, très isolé, jusqu'en 1941, date à laquelle il est nommé supérieur de la mission d'Akulurak, sur les rives du Yukon, nom qui restera associé à ses meilleures aventures missionnaires.
Son poste de mission devient pour lui un refuge où il passe de longues heures devant son poêle, son accordéon et sa machine à écrire. C'est de là que sortiront cette correspondance et cette douzaine de livres si spéciaux pleins de son expérience religieuse, de son labeur d'apôtre, de sa lutte quotidienne contre la solitude et l'absence de tout, de ses conversations avec le Christ devant le tabernacle... «L'Alaska exige plus que les autres missions. L'Alaska t'oblige et te force à tirer de toi tout le parti possible. L'Alaska te demande d'avoir une santé de fer qu'il va miner, un optimisme sans limites que rien ne peut détruire, des connaissances de charpentier, de peintre et de forgeron, une innocence d'âme séraphique mise à l'épreuve sans rémission. Et que celui qui n'a pas, à un plus ou moins grand degré, la capacité de vivre au milieu de tout cela, qu'il ne vienne pas; parce que l'Alaska se déchaîne et peut t'aplatir en un hiver». À partir de 1951, il est de nouveau nommé dans ses missions favorites, Alakanuk et Akulurak, dans le Yukon, où son labeur évangélisateur s'intensifie. Jusqu'au jour où, en 1960, survient quelque chose d'inattendu: son élection de député pour représenter l'État de l'Alaska, récemment incorporé aux États-Unis d'Amérique. Son élection au Congrès, approuvée par son Provincial, causa une surprise bien naturelle au sein et en dehors de l'Église Catholique et fut même une nouvelle de caractère international retenue par la revue Tunes.
En 1975 il vivrait la plus grande et la plus amère expérience de sa vie missionnaire: quitter l'Alaska. Ses supérieurs estiment qu'à 69 ans l'heure est venue pour lui d'abandonner les steppes gelées et le nomment à la charge pastorale de la communauté croissante de Mexicains qui viennent s'établir dans les États de l'Idaho et de Washington, pas trop loin de l'Alaska. Ce fut un changement qui fut pour lui cause de déséquilibre et d'inquiétude, mais qu'en définitive il assuma avec humilité et obéissance. A l'automne de sa vie, Segundo Llorente adoucirait ses habitudes et son mode de vie. Finis les traîneaux, la neige, la solitude. Maintenant il se déplacerait en voiture sur des chemins déterminés par ses supérieurs: la paroisse de Moses Lake, dans l'État de Washington, celle de Pocatello et finalement de Lewiston, dans l'Idaho. « Ma santé va bien, écrit-il depuis ses nouveaux postes, bien que je sois près d'avoir 70 ans. Je veux dire que Dieu me donne en abondance des occasions de le servir ici avec le même zèle avec lequel je l'ai servi pendant 40 ans dans les steppes de l'Alaska. C'est ainsi que je veux le faire et ainsi que je continuerai à le faire avec la grâce de Dieu aussi longtemps que durera ma vie ». Le 26 janvier 1989, à 82 ans, après une maladie très pénible, le P. Llorente meurt à l'Université Gonzaga de Spokane (État de Washington), là même où il avait fait ses premiers pas en vue de réaliser son rêve missionnaire. Conformément à son désir, il est enterré dans le petit cimetière, paisible et recueilli, réservé aux Indiens et aux missionnaires ayant vécu à leur service, à Desmet (Idaho). L'admiration qu'il avait conçue dans sa solitude pour saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d'Avila et saint François Xavier avait nourri sa soif de l'éternel, une vie sans fin comme les étapes de l'Alaska qui paraissaient ne pas avoir de limites. Toute une génération a admiré son esprit indomptable au milieu d'une nature, belle dans sa nudité pleine de menaces, et le don total à sa vocation missionnaire. Le souvenir du P. Segundo Llorente soulève des vagues de nostalgie dans la génération qu'a alimenté sa soif d'aventures enfantines à la chaleur de ses articles et de ses livres écrits avec l'austérité, la simplicité et la transparence de son auteur. Javier Nicolás
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Pour en savoir plus : > Le P. Segundo Llorente (en espagnol) > "La nuit de Noël", une histoire racontée par le Père Segundo Llorente sj |
Jésuites : serviteurs
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